Voici la suite du récit du Révérend Père Raymond Breton, présent lors des faits :

"Les malades tous moribonds retenant le P. Raymond auprès d'eux pour les assister, Monsieur de l'Olive s'embarqua dans sa chalouppe avec les principaux pour aller chercher une habitation. Ils rengèrent tousjours la terre du costé de dessous le vent, et arrivèrent aux premières habitations des sauvages qu'on appelle maintenant le Fort. (Il s'agit aujourd'hui de Vieux-Fort). Ils trouvèrent qu'ils avoient déjà mis le feu partout et le capitaine de ce carbet étoit sur le bort de la mer avec quelques-uns de ses enfants pour s'embarquer. On l'arresta de belles paroles, l'asseurant de ne luy faire aucun tort. Il se rasseura et mesme fit retourner ses enfants qui s'enfuyoient. On le prie d'en envoyer quelques-uns pour arrester les femmes, ce qu'il fit; mais ils ne revinrent pas et outre ce emmenèrent les femmes qui n'estoient qu'à cinq (cinquant) pas de nos gens. Cela mit en furie le Sieur de l'Olive qui fit jetter le viellard dans la chalouppe avec un de ses enfants où on les massacra inhumainement. On lia les deux autres pour servir de guide à aller chercher les sauvages de la Cabseterre; mais l'un deux s'eschappa qui trouva bien ses jambes et sauta un espouventable falaise et courut advertir ceux du petit Carbet et Cabseterre, qui vuidèrent promptement.
Ceux des François qui devoient aller les chercher emmenèrent celuy qui leur restoit. Etant arrivés au petit carbet, ils ne trouvèrent que le nid. Ils passèrent outre, mais la faim et le travail les accablant de sommeil, ils s'endormirent tous. Le sauvage ne fit pas de mesme; il se detascha tout doucement et se sauva. [...] Cependant les chemins estoient fort dangereux. Il n'y avoit que des routes de sauvages et vrayement sauvages qui menaient dans des lieux fort affreux, où il falloit grimper des falaises un  à un et donner les armes de main en main. Si les sauvages avoient eu de l'adresse, ils n'en seroient pas reschappés. Estant passés, ils ne trouvèrent non plus personne, tous s'estant sauvés et remarquez qu'ils avoient au petit carbet deux François auxquels ils ne firent point de mal.
 Pendant que ceux-là poursuyvoient les sauvages, Monsieur de l'Olive fit tout descharger en cette première habitation et comme la place étoit de deffence et advantageuse pour un fort, on retourna quérir le reste du monde et le P. Raymond avec, extrêmement déplaisant de ce qui s'estoit passé.
Quand on sceut à Sainct-Christophe ce qui s'estoit passé à la Guadelouppe contre les sauvages tout le monde le trouva mauvais.
Et le P. Nicolas de Sainct-Dominique qui y estoit allé peu auparavant ces brouilleries luy en escrivit de là en gros termes qui le faschèrent d'autant plus que le P. Raymond confirma le tout adjoustant qu'il n'estoit pas permis de faire la guerre injustement à une nation libre et luy ravir ses biens et habitation. C'estoit chanter alors à des sourds qui au lieu de regretter cette cruauté l'accumulèrent d'une hayne extrême contre nos Pères
. [...]"

La guerre était déclarée. Le conflit était d'autant plus pénible que les Français n'avaient souvent dû leur survie qu'à l'aide des indigènes. Ceux-ci n'y allant désormais plus, la famine recommença plus violemment que jamais. Le R. P. Dutertre nous dit à ce propos : "La famine fut si grande qu'on mangea les chiens, les chats et les rats. Depuis la déclaration de guerre aux sauvages, nos gens n'osèrent plus sortir du fort et mangèrent jusqu'à l'onguent des chirurgiens, au cuir des baudriers qu'ils faisaient bouillir pour le réduire en colle. On en a vu brouter l'herbe, manger les excréments de leurs camarades après les leurs...On a souvent vu la terre des fosses où nos pères avaient enterré les morts totalement remuée le matin, il était évident qu'on les avait fouillées pour déterrer les corps et en couper quelque membre pour vivre". Certains colons en étaient donc réduits à l'anthropophagie qu'ils reprochaient tant aux indigènes.

Vous retrouverez la fin dans l'article suivant.

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