Originaire du Paraguay et des bassins du Parana, les Amérindiens ont répandu cette plante herbacée et son fruit très tôt vers le nord de l'Amérique du Sud, puis en Amérique  Centrale et aux Antilles.

Le mot ananas vient de nana (fruit exquis) dans la langue parlée par les Indiens Guaranis du Paraguay.

Christophe Colomb découvre ce fruit en 1493 dans l'île nommée Carucueria par ceux qui y vivaient. Il s'agit en fait de la
Guadeloupe.
Il aurait dit " Il a la forme d'une pomme de pin, mais il est deux fois  plus gros, et son goût est excellent. On peut le couper à l'aide d'un couteau comme un navet et il paraît très sain"

Les Espagnols le nommèrent piña de par sa ressemblance avec la pomme de pin, les Anglais, pineapple, pour les mêmes raisons.
A partir de cette découverte par les Européens, son extension fut rapide puisqu'à la fin du XVIIème siècle déjà, il est cultivé dans la plupart des pays tropicaux.
Dans l'Anonyme de Carpentras, un manuscrit qui porte le titre Relation d'un voyage infortuné fait aux Indes occidentales par le capitaine Fleury avec la description des îles qu'on y rencontre par l'un de ceux qui fit le voyage, 1618-1620, publié par Jean-Pierre Moreau, l'auteur anonyme  nous parle ainsi de l'ananas : "
L'ananas nommé par les Espagnols mays et par nos caraybes eyyoua est une plante de la hauteur d'un artichaut, laquelle ne produit jamais qu'une fois et puis meurt : sa feuille a environ 3 pieds de long et 3 doigts de large, étant comme doublée et dentelée par les deux bords et fort dure.
Ce fruit est unique en grosseur, beauté, bonté et bonne odeur, il est presque rond et plus gros que la tête d'un homme. Il y en a aussi qui ne le sont pas davantage que les deux poings. Lorsqu'il n'est pas encore mûr, il est de couleur verte ou tannée, en mûrissant il devient d'un fort beau incarnadin ou jaune doré et a une odeur très suave et qu'on sent de fort loin.
Et ce qui est d'excellent en ce fruit, c'est que selon sa grosseur il n'y a au-dedans ni pépin, ni noyau, ni chose qui puisse empêcher qu'on n'y morde comme dans une pomme. Ses feuilles sont disposées de telle sorte qu'on dirait que c'est une aigrette, et quoiqu'elles soient fort longues, dures et étroites, elles sont rangées avec beaucoup de symétrie. Le fruit est placé comme au-dessus de l'aigrette, et au sommet de laquelle il y en a encore une petite, de la grandeur d'icelui qui l'embellit parfaitement.
Il rend grande quantité de jus, et nous en avions telle abondance que pour ne les laisser gâter nous en faisions du vin, pressant ledit fruit qui nous rendait grande quantité de jus que nous laissions bouillir 24 heures au bout desquelles il était meilleur et beaucoup plus agréable à boire que notre vin ordinaire.
[...] Il y a plusieurs auteurs qui en ont écrit mais ils ne les dépeignent pas si gros que ceux de là, et crois qu'ils n'ont entendu parler [que] de ceux du Brésil ou Pérou, où ne croissent pas si gros comme dans ces Indes de nos sauvages..."

Ce même auteur anonyme nous apprend que les Caraïbes cultivaient l'ananas dans leur jardin : "
Mais il arriva que pendant notre séjour il mourut la femme d'un capitaine qui avait un jardin environ 500 pas proche de notre habitation, qui était chose rare d'en être si près, lequel était rempli d'ananas à cause de quoi nous y allions bien souvent pour en manger et en apporter à nos hôtes et hôtesses..."

Le Père Breton, ayant vécu parmi les Caraïbes en Dominique nous dit : "
L'ananas est le plus excellent de tous les fruits du pays, gros comme un pain de sucre et de la même forme, portant une houppe ou couronne de feuilles sur la pointe. La plante est assez semblable à un pied d'artichaut; les feuilles longues, dures et bordées de petites épines comme de dents. Il y en a de plusieurs sortes, les uns plus gros que les autres. Les meilleurs sont ceux qui reviennent mieux à la forme de pain de sucre."

Telle est la petite (ou grande) histoire de ce fruit si apprécié chez nous comme dans le monde entier !
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