Cate IGN Sainte-Marie à Capesterre B/Eau


Rue de la poudrière à Sainte-Marie de Capesterre-Belle-Eau, près de la rade, se trouve une poudrière et quelques pans de maçonnerie en bord de mer. Ce sont les uniques vestiges de ce que l'on appelait la batterie Sainte-Marie.

 

 

Poudrière de Sainte-Marie

 

 


Poudrière de Sainte-MarieCette poudrière est totalement construite en pierre.
















Poudrière de Sainte-Marie












Sa voûte est en plein cintre.












Poudrière de Sainte-Marie














Elle a un chaînage d'angle.

Elle est comme partout en retrait de la batterie.







Poudrière de Sainte-Marie 
Poudrière de Sainte-Marie






Malheureusement, elle risque de disparaître en 2010, car elle gêne le propriétaire de cette maison qui construit tout autour. Il souhaite la détruire car elle serait parait-il une source de nuisances (rats...).
D'autre part, cette côte subit une érosion très importante et si d'ici 5 ans rien n'est fait, elle s'effondrera dans la falaise.

Mais pourquoi une poudrière à Sainte-Marie ?
Remontons donc très en arrière. Quand de l'Olive abandonna la pointe Allègre à Sainte-Rose, il s'installa dans le sud, à Vieux-Fort. Comme je l'ai déjà expliqué dans mon article sur la colonisation, certains colons se sont arrêtés à Vieux-Fort, d'autres à la poursuite des Caraïbes, continuèrent et s'installèrent le long de la côte au Vent, près des villages amérindiens où ils chassèrent les indigènes.

Cependant, régulièrement attaqués par les Caraïbes, les colons durent construire un fort pour s'y retrancher, dans un lieu nommé la Case du Borgne qui prit plus tard le nom de Sainte-Marie. Breton nous dit à ce propos dans ses"Relations de l'île de la Guadeloupe" : [...]au lieu appelé Case du Borgne à cause d'un sauvage borgne qui y avoit demeuré, depuis appelé le fort de Saincte-Marie".

Ce fort joua un rôle important lors des guerres contre les Caraïbes. Le R.P. Breton nous rapporte :"Les Sauvages tirant advantage de l'aveuglement de Mr de l'Olive avoient faict quelque massacres de François dans le cul de Sac, une descent à la case du Borgne et jetté l'espouvante dans l'esprit des François; cela obligea les Commis d'en donner advis à Mr de Poincy et le prier de souffrir que ceux qui voudroient passer en la Guardeloupe n'en fussent point empeschés au moins ceux qui sortant de service n'avoient pas le moyen d'achepter des places afin de fortifier l'isle, ce qu'entendant Mr de Poinsy, il assembla bon nombre d'homme pour ce sujet, ordonna qu'une partie résiderait à la case du Borgne pour tenir teste aux sauvages et leur députa pour chef Mr de Saboullis".

Dans ce fort, on batit une chapelle.(On trouve encore à Sainte-Marie, non loin de la poudrière, une chapelle). Breton nous dit à ce propos :"Après l'arrivée du RP de la Mare, Mr de Saboulies demanda un prestre pour son cartier. On lui bailla le R.P. Jean de Sainct-Paul avec le fr. Jacques des Martyrs. On lui bastit une chappelle [...]"

A son arrivée en Guadeloupe en 1643 en tant que gouverneur, Houël préféra s'installer à la Case du Borgne. Le P.P. Du Tertre nous dit :"Il descendit au fort Royal le cinq septembre 1643, M. de l'Olive l'avait laissé en fort mauvais état [...] plus loin, il nous explique [...] il alla donner l'ordre à son établissement et à son ménage, faisant transporter son monde et son bagage à la Case du Borgne, avec beaucoup de peine et de dépense [...]

Nous apprenons aussi par le R.P. Breton que le quartier de sainte-Marie doit son nom à Houël :"Mr Houël du depuis à son arrivée la fit rebastir (la chapelle), changea le nom du quartier de la case du Borgne et voulut que désormais il fut appelé de Saincte-Marie. Le Père Armand la bénit et baptisa aussy à la requeste de monsieur Houël du mesme nom et quoy qu'elle aye changé de lieu, en quelque part qu'elle aye esté refaicte elle a retenu le nom de Saincte-Marie".

Sur une carte de 1648, cette chapelle figure entre la Rivière de Sainte-Marie et la ravine Pont, à l'emplacement où se trouve le bourg de sainte-Marie. Sur la carte de Boissereau de 1643, on trouve aussi Sainte-Marie et Logis du Gouverneur.

Sur la carte du R.P. DU Tertre jointe à son Histoire Générale des Antilles, on y voit l'emplacement d'un fort sur la rive gauche de la ravine du Carénage, non loin de la pointe Carénage.

En 1752, un siècle plus tard, l'ingénieur de Bury réalise des cartes ainsi que les ingénieurs du roi en 1764 : elles mentionnent toutes les restes d'un "ancien fort" sur la rive droite de la rivière de sainte-Marie, juste à côté d'une batterie du XVIIIème siècle dont il reste quelques vestiges : notre fameuse poudrière et des pans de mur en bord de mer. Ce fortin de sainte-Marie fut habité au moins jusqu'en 1654. Du Tertre nous dit à ce propos :"Plusieurs affaires  importantes m'obligeant à faire ce voyage en France, je laisse à M. Houël, mon frère, le commandement de nos îles, et en son absence à M. de Boisseret mon neveu : mon frère résidera à la Basse-Terre dans le fort, mon neveu à Sainte-Marie" (vol. 1, p.445).

Cela pourrait être dû au fait que ce quartier dans les années 1640-1650 a été le principal foyer de la colonisation sur la Côte au Vent : en effet, Sainte-Marie était un bourg, on y trouvait une chapelle comme nous l'avons vu auparavant, un fort, la maison du gouverneur, un port, des magasins de la Compagnie.

Un acte de naissance rapporté par M. Lacour confirme ce qui a été dit précédemment : "Le 25 mai 1643, j'ai baptisé une fille du sieur Larivière, dit Desfossés, et d'Anne Guilibie, sauvagesse, sa femme; [...] l'a été au fort Sainte-Marie [...]. Baptême effectué par le R. P. Breton.

La batterie quant à elle, continua à assumer la défense de cette côte qui subissaient les attaques ennemies. Plusieurs batailles jalonnent son histoire : en 1703, 1759, 1810.

Mais ce témoin de l'histoire de notre île est en danger !!

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