GoyaveEn ces temps d'épidémie de gastro-entérite, il me semble opportun de parler de la goyave.

Dans l'inventaire du patrimoine fruitier antillais réalisé par le CIRAD (Centre de Coopération International en recherche Agronomique pour le Développement) et édité de manière condensée dans le livre de Valérie et Fabrice LEBELLEC Fruits des Antilles, on apprend que la goyave, probablement originaire du Pérou, s'est répandue très tôt à travers le continent tropical américain, jusqu'au Mexique. Les Amérindiens l'auraient amenée aux Antilles bien avant la découverte du Nouveau Monde. Le mot arawak "gayaba", qui était utilisé par les Taïnos à Hispaniola (actuelle île de Haïti et Saint-Domingue), est à l'origine de son nom. Les Espagnols l'introduisent dans le Pacifique et les Philippines, les Portugais en Inde. En anglais, on la nomme "guava", en espagnol "guayaba" et en créole "gouyav".



GoyavierOn en retrouve la trace dans Un flibustier français dans la mer des Antilles - 1618-1620 de Jean-Pierre MOREAU. A la page 126, notre marin qui a vécu plusieurs mois parmi les Indiens caraÏbes nous dit "Le Gouyave des Espagnols et oriapa des Indiens provient d'un arbre un peu plus grand et qui étend ses branches plus loin que l'acajou, son fruit est la grosseur et forme d'une orange, qui n'étant pas encore en sa maturité est tout vert, et en se mûrissant il devient jaune. Il est plein au-dedans de petites pierres grosses comme la tête d'une grosse épingle, dont il sort une odeur douceâtre et si forte qu'on la sentira à dix pas. Il est sain contre le mal de ventre".

Cette très interessante information nous permet de comprendre que cet arbre et son fruit faisaient déjà partie de la médecine populaire amérindienne.



GoyaveElle est ensuite passée dans la médecine populaire créole; le R.P. DU TERTRE, dans le vol.2 de son Histoire générale des Antilles habitées par les français nous dit "verd, il sert au flux de sang, et resserre le ventre : et au contraire quand il meur, il lasche : sans excez toutefois : car l'on n'en peut manger son saoül sans en estre incommodé".

Toutes ces propriétés de la goyave utilisées par les Amérindiens, puis par la suite par la médecine populaire créole, ont été confortées par les recherches scientifiques actuelles.
Jean-Louis LONGUEFOSSE, dans Plantes médicinales de la Caraïbe, nous explique que dès 1959, Nickell a prouvé l'activité antibactérienne de l'extrait aqueux des feuilles, des racines et des tiges sur des bactéries Gram - et Gram +. Les recherches de Caceres en 1988 et Lutterodt en 1989 confirment l'activité antimicrobienne contre les entérobactéries responsables de diarrhées et un ralentissement du transit intestinal. Lutterodt a aussi démontré que les tanins et le quercetol contenus dans les feuilles exercent une activité antidiarrhéique. Lozoya a prouvé en 2002 l'efficacité antidiarrhéique des bourgeons de goyavier par une étude clinique randommisée, en double-aveugle, sur 50 patients auxquels a été donnée une capsule de 500 mg toutes les 8 heures pendant 3 jours. La quercetine contenue dans les feuilles est aussi capable de relacher les muscles intestinaux et d'empêcher les spasmes et les douleurs.

Bourgeons de feuilles de goyavierActuellement, l'usage médicinal est très répandu chez nous. Contre les diarrhées, on recommande de boire, au cours de la journée, l'infusion obtenue en versant un litre d'eau bouillante sur 20 grammes de jeunes feuilles ou bourgeons. On peut aussi préparer un sirop avec le décocté de sept goyaves vertes additionné d'une quantité égale de sucre de canne. On n'utilise pas les fruits mûrs car, ceux-ci sont au contraire laxatifs (comme le disait déjà le R.P. DU TERTRE).

Une grande partie des utilisations traditionnelles (j'ai ici seulement évoqué ce qui a trait aux maux de ventre, mais il y en a bien d'autres) remontant aux Amérindiens a donc été validée par la recherche scientifique.

Plantons donc des goyaviers autour de nos maisons, et pour ceux qui vivent ailleurs, repartez donc avec des bourgeons de feuilles que vous mettrez à sécher dans un bocal, et qui constitueront votre "trésor de guerre" en période d'épidémie de gastro-entérite...

 

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